« Je pensais bien faire » : pourquoi attendre la fin des obsèques pour s’occuper de l’argent du défunt est une fausse bonne idée
Un proche vient de décéder, et entre l’organisation des obsèques, les démarches administratives et le choc émotionnel, une question reste souvent en suspens : que devient l’argent sur ses comptes bancaires ? Beaucoup de familles pensent bien faire en repoussant ce sujet après l’enterrement, par respect ou par manque de temps. Pourtant, cette attente peut coûter cher, littéralement. Entre risques de fraude et blocages prolongés, comprendre comment fonctionne la gestion bancaire d’une succession dès les premiers jours évite bien des complications.
Le piège du « tout est urgent après un décès » : pourquoi l’argent passe souvent au second plan
Après un décès, les priorités semblent évidentes : prévenir la famille, organiser les obsèques, gérer le deuil. L’aspect financier paraît secondaire, presque indécent à traiter dans l’urgence. C’est humain, mais c’est aussi une erreur fréquente. Beaucoup d’héritiers attendent la fin des funérailles, parfois plusieurs jours, voire deux semaines, avant de contacter la banque du défunt. Pendant ce laps de temps, rien n’empêche techniquement une utilisation des comptes, que ce soit par méconnaissance, par nécessité de payer certaines factures, ou pire, par une tierce personne mal intentionnée. La banque, elle, n’a aucun moyen de savoir qu’un décès a eu lieu tant que personne ne l’en informe. Ce silence, même involontaire, laisse une fenêtre ouverte pendant laquelle des mouvements financiers peuvent se produire sans contrôle.
Prévenir la banque immédiatement : le geste qui protège les comptes du défunt
La solution est simple, mais trop souvent négligée : la banque doit être informée du décès pour bloquer les comptes du défunt. Cette démarche revient généralement à la famille, aux héritiers, au notaire ou aux pompes funèbres, sur simple présentation d’une copie de l’acte de décès. Dès que l’établissement bancaire reçoit cette information, il a l’obligation de bloquer immédiatement le compte individuel concerné. Concrètement, plus aucun dépôt, retrait, prélèvement ou paiement n’est possible. La carte bancaire, le chéquier et les accès en ligne sont également suspendus, et doivent être restitués ou détruits. Ce gel protège les avoirs jusqu’au règlement complet de la succession.
Une exception notable existe toutefois : les frais funéraires. La banque peut autoriser leur règlement directement depuis le compte bloqué, dans la limite de 5 965 euros, un plafond en vigueur depuis le début de l’année. Cette souplesse évite aux familles d’avancer des sommes importantes de leur poche pendant une période déjà difficile.
La situation diffère selon le type de compte. Un compte joint n’est en principe pas bloqué : il peut être requalifié en compte individuel au nom du survivant, selon les termes de la convention bancaire signée à l’ouverture. En revanche, un compte en indivision, détenu par plusieurs cotitulaires à parts égales sans qu’aucun ne soit prioritaire, est automatiquement gelé au décès de l’un d’entre eux. Cette nuance mérite d’être connue, car elle change complètement la gestion du quotidien pour les proches restants.
Ce qu’il faut retenir pour éviter les mauvaises surprises financières après des obsèques
Pour débloquer les fonds une fois la succession en cours, des justificatifs précis sont exigés : l’acte de décès, bien sûr, mais aussi une preuve de qualité d’héritier. Cela peut prendre la forme d’un acte de notoriété établi par un notaire, d’une attestation d’hérédité ou d’un testament. Sans ces documents, impossible de récupérer les sommes bloquées, sauf pour certains frais urgents.
Autre point utile à connaître : en cas de doute sur l’existence d’autres comptes bancaires détenus par le défunt, les héritiers peuvent consulter le fichier FICOBA. Ce registre centralise toutes les ouvertures, modifications et clôtures de comptes en France. La demande s’effectue par courrier auprès du Centre national de traitement FBFV, basé à Marne-la-Vallée. Cette démarche permet d’éviter qu’un compte oublié ne reste inactif pendant des années.
Source : Ouest France
